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  • Roger Hicks

Final Analysis


I Live in a Ghost Town

Qui pourrait prétendre prendre de la hauteur par une simple réflexion? Physiquement,

c'est impossible. Mais en photographie, si l'on ajoute à cette réflexion le soin

nécessaires alors nos photos peuvent, elles, considérablement gagner en hauteur.

A première vue la photo-ci-contre n'est rien de plus qu'un petit cliché bien réussi; un

exemple de ce que nous avons déjà tous remarqué des centaines de fois, et,

probablement, photographié des dizaines de fois Mais ce qu'aucun de nous n'a fait,

c'est de réfléchir aux implications plus profondes du thème choisi, et il est très rare

que l'on prenne le soin d'en tirer plus qu'une photo-souvenir.

Avec sa Ville Fantôme en revanche, Thibaut Derien (www.derien.fr) nous rappelle à

quelle vitesse le monde change, même si ce n'est que par tout petits bouts. Un jour, on

note que le petit magasin qui semblait avoir toujours été là a fermé définitivement.

Les mois, les années passent. Les magasins ne ré-ouvrent pas, les clients ont émigré

vers les grandes enseignes ou les sites en ligne, et un petit détaillant spécialisé ne peut

tout simplement plus gagner correctement sa vie. Ou alors il/ elle a vieilli, est parti à

la retraite et ce serait un suicide commercial que de reprendre la boutique.

Si l'on y réfléchit, la situation n'a rien d'extraordinaire. Mais c'est justement ça l'idée.

La plupart de temps, on ne prend pas le temps d'y réfléchir. Derien change la donne.

Il nous oblige à réfléchir. De son livre (J'habite une ville fantôme...) et ses quelques

55 photos sur 96 pages il se dégage une grande force.

Cette force tient essentiellement au formalisme des images: parfaites, architecturales,

carrées.

L'apparente simplicité technique, la (fausse) neutralité du point de vue rappellent

l'école de la Nouvelle Objectivité de Düsseldorf, mais contrairement à la majorité des

photos des Beecher et disciples, dans ce cas, le thème parle à tout le monde.

Imaginez-vous réaliser un livre pareil avec vos propres photos, et vous prendrez vite

conscience du talent implacable de Thibaut derien.

Puis, relisez le titre de la série « J'habite une ville fantôme ». C'est le photographe qui

a choisi de vivre là. Personne ne l'y a forcé. Il vit dans le passé autant que dans le

présent, tirant son inspiration des ruelles, des zones commerciales de banlieues, des

centre-villes agonisants, dont les grands supermarchés périphériques ont tué les

boutiques. On s'imagine trop souvent que ce qui nous touche, ce que l'on remarque en

passant, nos a-prioris... n'intéressent personne. C'est une erreur. Certes, il est possible

que nos photos passent inaperçues auprès de la majorité, mais si elles trouvent un

écho chez quelques-uns et suscitent de l'émotion alors on peut dire qu'on est un bon

photographe. Combien d'entre nous peuvent en dire autant?

www.amateurphotographer.co.uk

#Jhabiteunevillefantôme #ThibautDerien

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